Egalité, fraternité, neutralité ?
Par Anne LE GARREC, jeudi 7 décembre 2006 à 21:23 :: General :: #24 :: rss
Grand débat du moment aux Etats-Unis, celui de l’Internet à deux vitesses. Le Sénat aurait du se prononcer sur un texte de loi, soutenant la neutralité du Net et empêchant l’implémentation de taxations. Malheureusement, d'après les Echos, ce dernier a refusé de voter la loi de réglementation des télécommunications. D'après le quotidien, il attend l’avis de l’autorité de régulation FCC (Federal Communications Commission).
On en est où de cette histoire...
Le Débat du mois
Grand débat du moment aux Etats-Unis, celui de l’Internet à deux vitesses. Le Sénat aurait du se prononcer sur un texte de loi, soutenant la neutralité du Net et empêchant l’implémentation de taxations. Malheureusement, d'après les Echos, ce dernier a refusé de voter la loi de réglementation des télécommunications. D'après le quotidien, il attend l’avis de l’autorité de régulation FCC (Federal Communications Commission).
Cette première manche est à suivre de près, car son issue aura certainement un impact important sur l'avenir du Net...
Vint Cerf, un des créateurs du protocole TCP/IP à la base du réseau des réseaux, craint pour le futur du Web. Selon lui « Le Congres se doit d'empêcher les principaux fournisseurs d'accès de favoriser leurs propres services en ralentissant l'accès à ceux de leurs rivaux ou en faisant payer des charges pour une meilleure vitesse de chargement. ».
Les opérateurs, de leur côté, souhaitent établir des tarifs « différenciants » et faisant payer les services plus gourmands de bande passante (comme la vidéo). Cette augmentation entraînerait une répercussion sur l'internaute (c'est-à -dire nous) via le prix de l'abonnement au FAI.
Les géants d'Internet (Yahoo, Google etc.) plaident, eux, en faveur du maintien de la neutralité des tarifs qui assurera l'innovation et l'égalité d'accès au Web, une démarche bien neutre…
Mais de quoi on parle ?
L'idée de neutralité réseau correspond à un principe fondateur d'Internet : le fait que chaque paquet de données soit traité de la même façon, indépendamment de sa nature, de son origine et de sa destination.
La "Net Neutrality" désigne le principe selon lequel les réseaux de données ne privilégient ni ne pénalisent certains contenus par rapport à certains autres. Selon ce même principe, ce sont les utilisateurs du réseau qui décident quels contenus et quelles applications circulent sur Internet.
Bien sûr, ce principe s'oppose à celui selon lequel les propriétaires des réseaux de données décident à quelles applications ou à quels fournisseurs de contenus elles donnent la priorité, et à quels autres fournisseurs ils réservent une qualité de service moindre.
Et bien sûr encore, entre le contrôle des priorités sur le réseau et la tentation de faire payer les gros "consommateurs" de bande passante (comme Google, MSN, MySpace...), il y a un pas que les opérateurs de réseaux pourraient bien être tentés de franchir.
En tant que simples utilisateurs d’Internet, vous devez certainement penser qu'après tout, le fait que Google doive verser une partie de ses formidables profits aux opérateurs de réseau qui transportent ses contenus est très loin d'être votre problème, et qu'après tout, ce serait peut être un juste retour des choses. En fait, vous ne le savez pas, mais la "Net Neutrality" risque d'avoir beaucoup plus d'impact que vous le croyez sur votre vie quotidienne...
Les enjeux de la "Net Neutrality"
Depuis toujours, le principe était simple : plus les clients utilisaient l'Internet, plus ils devaient payer cher pour leur connexion. Plus les fournisseurs de services avaient de succès, plus ils devaient payer cher pour leur infrastructure d'hébergement. Jusque là , la corrélation paraît équilibrée. Ces principes -ainsi que le souligne Vinton Cerf, coinventeur de l'Internet- « ont fait le succès d’Internet ».
A l'inverse, depuis l'invention de la télévision, les radio-diffuseurs, les câblo-distributeurs puis les opérateurs de télévision par satellite ont toujours été en charge de déterminer quelles chaînes étaient diffusées, en fonction de leur rentabilité potentielle. Et les clients concernés payent en conséquences.
Rappelez vous l’actualité de ces dernières semaines, tel que le rachat de YouTube par Google pour une poignée de dollars (1,5 milliards). Vous avez compris ? Et oui, ce geste marque le véritable début de la convergence entre deux mondes dont les règles fondamentales s’opposent. On comprend alors que l’enjeu de la net neutrality n’est autre que celui de l’avenir des médias et des communications numériques.
Rappelez vous encore autre chose. Ce vieux souvenir de la débâcle de Microsoft Network (réseau de contenu privé et payant lancé par microsoft en 1996-1997, et rapidement abandonné... par les utilisateurs!), ou encore celui du désormais tristement célèbre AOL, qui ne survit aujourd’hui que grâce aux finances de Time Warner. Ca vous revient ?
Les diffuseurs ne laisseront pas les géants du web (comme Google, au hasard) diffuser dans le monde entier toutes les émissions que les studios veulent bien leur confier, en utilisant gratuitement leurs réseaux Internet à haut débit. Dans ces conditions, il semble parfaitement logique que les propriétaires de réseaux veuillent protéger leurs revenus en offrant une résistance farouche contre la disparition de leur modèle d'affaires. Cette résistance passera peut-être par la lutte contre la "Net Neutrality"...
Et l’innovation dans tout ça ?
« Notre engagement envers nos clients, notre engagement envers vous est le suivant : nous ne bloquerons, reproduirons infidèlement ou ne dégraderons aucun contenu, application ou service », se défend Walter McCormick, Président et Chef Exécutif à United States Telecom Association (USTA) et porte-parole des grands noms parmi les providers.
Cette promesse ne satisfait pas celui dont la notoriété l'a porté jusqu'au poste de Vice-Président et, tenez-vous bien, 'd'Internet Evangelist', pour Google. Il a donc demandé au Commité Sénatorial du Commerce de la Science et du Transport d'adopter la 'Net Neutrality Law' (Loi de Neutralité du Net) obligeant les majors à laisser le choix aux consommateurs.
Le contraire est non seulement une attaque aux libertés du consommateur, mais faire payer des charges ou exclure des créations concurrentes pourrait rapidement miner les initiatives des petites sociétés. L'homme de science et de politique s'attache à préserver la possibilité de voir demain naître les nouveaux Yahoo!, Amazon ou Google. Or quelques associations de consommateurs rappellent que ce dernier s'est vu récemment menacé par AT&T and Verizon Communications de devoir payer pour chaque abonné qu'y se connecte. Certes le moteur de recherche n'est plus vraiment une start-up, mais dans le domaine du service virtuel ce sont ces marges sur les détails qui font la différence entre une entreprise rentable et en sursit.
Exemple (au hasard…)
Dans le Washington Post, John Torne (Vice-Président de Verizon et Député du Conseil Général) se déclare floué par ce qu'il appelle « a free lunch » (un repas gratuit) et ajoute : « La construction et la maintenance du réseau a coûté une fortune et Google trouve normal de le parcourir avec rien d'autre que des serveurs bon marché ». Argumentaire léger, si on prend en compte le fait que chaque abonné paye son fournisseur d’accès chaque mois… Position que défendent les démocrates. Et comme toujours aux Etats-Unis dans ce cas, les républicaines rétorquent « que les libertés sur Internet doivent pouvoir être compensées par la possibilité pour les FAI de faire de l'argent. »
Et de l'argent il y en a avec 24 milliards de pages indexées pour plus de trois millions de requêtes par jour. On notera que comme à son habitude, le leader des indexeurs se place au centre d'un débat moral et légal. Inutile de se demander pourquoi il ne fait jamais de publicité...
Vous avez dit problème ?
Les opérateurs de télécommunications, les fameux « telcos » ont vu le prix de leur produit (la bande passante) divisé par 100 en 10 ans. D’accord, cela correspond à des évolutions techniques, mais leurs revenus y ont quand même laissé des plumes... Mais comme il n’est pas de coutume de se laisser abattre dans le monde virtuel, certains ont inventé de nouvelles sources de revenus, donc de nouveaux produits. C'est ainsi l'idée du tiered access (« accès fatigué » en français dans le texte) : abandonner le vieux principe de neutralité réseau, devenu hasbeen, et proposer toute une grille de tarifs - les paquets de riches voyageant en classe affaire et les paquets de pauvres en classe éco.
Malin…
Pour continuer le débat :A Guide to Net Neutrality for Google Users
"Net neutrality" is an issue that will shape the future of the Internet. Google has created this guide to net neutrality, which includes a brief overview of the subject, an update on where things stand in the U.S. policy debate, a set of actions you can take to protect the Internet, and the text of an open letter from our CEO, Eric Schmidt.
What is Net Neutrality?
Network neutrality is the principle that Internet users should be in control of what content they view and what applications they use on the Internet. The Internet has operated according to this neutrality principle since its earliest days. Indeed, it is this neutrality that has allowed many companies, including Google, to launch, grow, and innovate. Fundamentally, net neutrality is about equal access to the Internet. In our view, the broadband carriers should not be permitted to use their market power to discriminate against competing applications or content. Just as telephone companies are not permitted to tell consumers who they can call or what they can say, broadband carriers should not be allowed to use their market power to control activity online. Today, the neutrality of the Internet is at stake as the broadband carriers want Congress's permission to determine what content gets to you first and fastest. Put simply, this would fundamentally alter the openness of the Internet.
What is the Current Status of Net Neutrality?
Net neutrality is a major issue as the U.S. considers new telecommunications laws. The U.S. House of Representatives passed its telecommunications bill, H.R. 5252, in May, without adequate net neutrality protections. Now the fight has moved to U.S. Senate. On June 28, the Senate Commerce Committee passed its own telecom bill, S. 2686. While an amendment to the bill that would have added meaningful net neutrality safeguards failed 11-11, this tie vote marks a significant political victory and gives the effort new momentum. The debate now shifts to the full Senate, where advocates will be working to get strong net neutrality language is any bill that the Senate considers.
The U.S. financial sector, a powerful force in Washington, may be gearing up to jump into a Capitol Hill fight over the future of the internet and stop an effort it says could add billions in costs just to maintain current offerings.
The issue is "net neutrality" -- a battle so far contained between high-speed internet operators and companies with online product offerings, such as Amazon.com.
Broadband providers such as AT&T, BellSouth and Verizon Communications want to expand from flat pricing and also sell tiers of service based on the speed, reliability and security of the bandwidth used.
While those providers have said they would not block access to the open internet, companies that sell products or services online want Congress to adopt stricter safeguards to ensure they are not pushed into a slower lane of the internet if they do not pay more for dedicated network service.
For the financial services sector, which is expected to spend $117 billion on information technology this year, tiered pricing could add billions more in expenses to maintain online banking services and other web offerings, according to a memo circulating among financial services lobbyists. Those costs could hit the bottom line or be passed on to customers.
But it's a fight the financial sector almost missed.
"Net neutrality is an issue that (financial services) firms ignore at their peril," Philip Corwin, a partner at Washington law firm Butera & Andrews, wrote in the memo.
"If the industry does not engage quickly, it may find that the matter has been decided without its input and that the fallout will affect the industry's cost structure and customer relations for years to come," he added.
The net neutrality issue is embedded in a debate over legislation aimed at easing the path for phone carriers to get into the video business and compete with cable companies.
Legislation has been proposed in the House and Senate, and is being considered in commerce, but not banking, committees.
A Senate measure would require further study of the issue.
A Republican-led bill moving through the House would preserve the ability to surf on the open internet, but it does not specifically bar internet service providers from charging new fees to assure reliable service to business users.
Corwin argues that would give internet service providers a green light to impose big new fees on financial companies.
But phone companies on Tuesday told Reuters the issue has nothing to do with financial services, and action by Congress could hurt consumers and deter investment in new networks.
"If anything is going to halt necessary investments in next-generation networks it will be Congress dictating business models to companies," said AT&T spokeswoman Claudia Jones. "The finance community should be wary of wolves in sheep's clothing who are attempting to codify the status quo to their own benefit and to the detriment of consumers everywhere."
Many in the financial services sector seem to have awakened late to the issue and are now trying to catch up.
"I think it caught a lot of people off guard, honestly," said one bank lobbyist.
The House is expected to consider its bill next week and the Senate Commerce Committee plans to mark up its legislation next month, but large differences between the bills could prevent any legislation from passing this year.
The Corwin memo urged the financial industry to get the Senate Banking Committee and House Financial Services Committee involved, which could slow the progress of legislation.
It also said the industry should prepare bills and push their introduction to assure the continuation of flat high-speed internet pricing for online financial services.
While the financial industry has plenty of muscle, it may be too late for that strategy, some lobbyists said.
Instead, they may wait for legislation to get to conference, where House and Senate negotiators work out their differences. In that environment of closed-door bargaining, banks and credit unions might be able to secure the net neutrality language they seek, lobbyists said.
The National Association of Federal Credit Unions, America's Community Bankers, American Bankers Association and Independent Community Bankers of America, among other financial lobbyists, say they are monitoring the issue.
But telephone carriers rejected the concerns. They said the legislation is about allowing phone companies to offer video and moving to tiered pricing so those who use little bandwidth do not subsidize those who use a lot.
"Net neutrality is not about being neutral, it is about companies that benefit from selling video on the internet and their potential advertisers looking to have the cost of the bandwidth they use paid by the consumer," said Bill McCloskey, BellSouth spokesman.
![[T]](http://static.technorati.com/pix/icn-talkbubble.gif)













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