Internet a rendu l’information fluide et permet virtuellement à tout le monde de se renseigner sur n’importe quel sujet. La liberté d’expression est un droit que les hommes ont chèrement payé au fil des siècles et que certains pays continuent à bafouer en dépit de son inscription dans la Déclaration Universelle des droits de l’homme. Aujourd’hui il me semble que la censure adopte essentiellement la forme de censure à la consultation. Et c’est celle qui est au centre de notre sujet.

Les moteurs de recherches qui se sont imposés comme réceptacle et portail de l’information amènent naturellement les instances gouvernementales à se diriger vers eux lorsqu’elles souhaitent contrôler l’information. Pour revenir à notre cœur de métier, Google s’est fixé pour tâche d’organiser l’information mondiale et la rendre universellement utile et accessible (« organize the world's information and make it universally useful and accessible »). Google est donc obligé de faire le grand écart pour annoncer en Janvier dernier l’ouverture officielle de Google.cn (Source). Et c’est d’ailleurs avec un discours pusillanime qu’il annonce cet événement. Sur fond d’amélioration technique Google « rationalise » son entrée sur le territoire chinois par la volonté d’accroître la disponibilité du service, rendu lent de fait par le gouvernement chinois. Google propose en outre le concept intéressant de « censure transparente » en s’efforçant de signaler à l’utilisateur que les résultats ont été altérés. Mais est-ce bien toujours le cas (exemple bien connu de censure : Google censuré et Google libre) ?

En effet la Chine est à la pointe de la technologie de surveillance pour son réseau Internet, et des géants comme Cisco (Source) lui ont fourni les outils nécessaires. Les mot-clefs subversifs sont filtrés, il en est de même pour les sites en « désaccord » avec le parti. En interne tous les géants de l’Internet implantés sur le territoire ont accepté de se plier à la censure et l’auto-censure fonctionne très bien suite à la détention de plus de 50 « cyberdissidents ».

BaiduAlors le business a-t-il rattrapé l’esprit libertaire qui a baigné la jeunesse du géant de la recherche. Google soutien « You can make money without doing evil » mais vous pouvez aussi en faire autrement ! Et pourtant le marché chinois actuel qui certes représente 100 millions d’utilisateurs est dominé par un acteur local Baidu (Source The Inquirer) qui reprend au plus près le modèle de Larry et Sergey, jusqu’au nom qui évoque dans un poème chinois un grand nombre (Source Baidu). Mais ses bénéfices sont loin d’être les mêmes, seulement 49 millions de $ en 2005, soit environ 3% de ceux Google. En effet les utilisateurs chinois sont en moyenne moins aisés que les occidentaux, sont donc moins attiré par les offres marchandes et possède très peu de carte bancaire souvent indispensable pour les paiements en ligne.

C’est donc un pari sur l’avenir de l’Internet au pays du capitalisme bridé où seulement un quart de la population a une ligne fixe mais déjà 120 millions d’internautes. La Chine a compris l’enjeu et surtout le risque de l’Internet et elle annonçait au salon DigiWorld 2006 atteindre 200 millions d’utilisateurs d’ici à 2010. C’est son intérêt de gonfler son marché pour amener le plus tôt possible les acteurs majeurs de la toile, pour aider le Parti à maintenir muselée l’information le plus longtemps possible. C’est l’œil aiguisé, que l’on observera les valeurs morales que Google est près à transgresser pour assurer son expansion, particulièrement concernant la protection des données privées collectées.

Pour suivre la censure dans le monde : Reporter sans frontière et OpenNet référencent tous les deux l’attitudes des pays face à la censure.